Penser l'Afrique

José Do-Nascimento est juriste et politologue.

Ingénieur d’études en droit public à l’université Paris Sud, il est également président de l’association de recherche sur les perspectives de la modernité en Afrique (ARPEMA) et membre de la Research Team Members du MINDS (Mandela Institute for Development Studies) en charge du programme de recherche, African Heritage Research Study.

José Do-Nascimento est également auteur de plusieurs ouvrages dont le dernier est « Les chemins de la modernité en Afrique » (L’Harmattan, 2017).

Dans cet entretien accordé à Thinking Africa, José Do-Nascimento expose le contenu de son livre, « Les chemins de la modernité en Afrique », montre comment penser le passé, présent et avenir d’une manière heuristique et explique pourquoi nous devons nous engager dans la renaissance africaine comme alternative au développement.

Quelques verbatims extraits de l’interview

Sur l’école occidentale

Ce n’est pas l’école occidentale en elle-même qui pose un problème. Ce qui pose problème, pour nous africains, c’est la version de l’histoire africaine que véhicule cette école occidentale.

Sur la renaissance africaine

La renaissance africaine est un projet de reconquête de l’initiative historique par les peuples africains. Ce qui doit renaître, c’est notre capacité à produire, par nous-mêmes, les conditions matérielles et immatérielles de notre existence.
Il y a deux étapes clés pour parvenir à la renaissance africaine :
1. Il faut d’abord que la communauté africaine crée un supercentre de recherche dans lequel les chercheurs africains à partir du patrimoine historique africain devront inventer les solutions institutionnelles, économiques, etc. pour l’Afrique de demain.
2. Il faudrait que tous les africains qui sont des démocrates, des partisans de la renaissance africaine, du panafricanisme acceptent et prennent la décision de participer aux élections en Afrique. Ce n’est qu’une fois qu’on a conquis le pouvoir politique qu’on va pouvoir changer la configuration de l’Afrique selon nos vœux.

Sur « Les chemins de la modernité en Afrique »

Nous sommes aujourd’hui en Afrique dans une situation d’urgence. Nous sommes passés de la pauvreté à la misère. On ne peut plus se contenter de dénoncer et de critiquer ce qui se passe en Afrique. Il nous faut agir pour changer les réalités en Afrique. Or pour agir, il faut un projet et des solutions, C’est l’objet du livre « Les chemins de la modernité en Afrique ». L’objectif de ce livre est de donner aux activistes et intellectuels africains un programme de gouvernement. Essayez de conquérir le pouvoir par la voix des urnes, et une fois que vous serez au pouvoir, vous avez tout un programme politique à mettre en œuvre grâce au contenu du livre.

Sur la question du paradigme

Un paradigme est un modèle explicatif de quelque chose. Souvent, nous autres africains, nous pensons qu’il faut échapper au paradigme occidental. Non. Ce n’est pas au paradigme occidental que nous devons échapper. Il y a un paradigme très précis auquel nous devons échapper : il s’agit du corpus intellectuel par lequel l’Occident nous tient en laisse. C’est le corpus intellectuel à partir duquel, nous autres africains, nous interprétons notre passé et notre avenir, et nous envisageons notre avenir. Nous devons faire échec à ce corpus intellectuel.

Sur les chemins de la renaissance africaine :

Les chemins de la renaissance africaine sont les politiques que devra mettre en œuvre un gouvernement qui veut œuvrer à la renaissance africaine. Il y a 3 politiques à mettre en œuvre : L’assainissement de notre tissu social, la réappropriation des ressorts de l’historicité (L’Etat et le système éducatif, entre autres), la promotion des sciences et des techniques.

Sur la nécessité d’abandonner le développement comme perspective de modernité

C’est le président américain Truman qui, en 1945, a introduit le paradigme du développement dans les relations internationales. Son objectif n’était pas le progrès historique des sociétés du tiers-monde. Le paradigme du développement était simplement un moyen pour les Etats-Unis de faire échec à une doctrine du droit international public qui leur était défavorable, appelée le Pacte colonial. Le pacte colonial était un principe qui réservait à la puissance coloniale l’accès aux marchés de la colonie et l’exploitation des matières premières des colonies.
Si vous dites que tous les peuples du monde entier peuvent se développer par eux-mêmes (c’était le discours de Truman), cela signifie qu’ils n’ont pas besoin de tutelle étrangère. Cela signifie donc qu’ils n’ont pas besoin de colonisateurs. Cela signifie donc qu’il faut l’indépendance des Nations du tiers-monde. Et face à un Etat indépendant, les USA peuvent exploiter ses matières premières. C’est ainsi que le paradigme du développement n’était qu’une stratégie géopolitique des USA. C’est la raison pour laquelle la politique économique qui a été mise en place dans le cadre du paradigme du développement nous a conduit dans les années 1980 à un endettement excessif, qui a provoqué des ajustements structurels. Voilà pourquoi il faut abandonner le développement comme perspective de modernité.

 

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