LES TRANSITIONS DÉMOCRATIQUES EN AFRIQUE : « GRANDEUR » ET « FRAGILITÉ » DU COMMENCEMENT A PARTIR DE LA PENSEE DE FABIEN EBOUSSI BOULAGA

Par Dr Badié Hima

La démocratie en Afrique : où en est-on ? Si elle se définit comme le régime de la liberté, quel est l’état de maturité institutionnelle des systèmes politiques mis en place au lendemain des Conférences Nationales Souveraines ? En témoignage et en hommage à Fabien Eboussi Boulaga, nous nous appuierons sur le travail et les réflexions qu’il a consacré à ce sujet. Deux textes majeurs nous permettent de faire cette analyse : Les Conférences Nationales en Afrique Noire. Une affaire à suivre et La Démocratie de transit au Cameroun. Tous deux furent publiés aux lendemains de ces événements majeurs sur le continent africain, en 1993 et 1997. Notre analyse ne manquera pas non plus de se référer à d’autres textes importants de Eboussi Boulaga, qui permettent d’avoir une compréhension beaucoup plus globale de ce que j’appellerai, à juste titre : la philosophie politique du philosophe camerounais. Il n’est pas possible de dégager l’intelligibilité complète de ces deux essais politiques sans faire le lien avec d’autres textes, d’une parution bien antérieure, comme La Crise du Muntu (1977), Christianisme sans fétiches (1981) et A contretemps : l’enjeu de Dieu en Afrique (1991), dont ils sont le prolongement philosophique.  Si  Lignes de résistance est publié en 1999, Les conférences nationales en Afrique noire ont ouvert une brèche. Elles ont l’indéfinissable grandeur des commencements, dira -t-il. Car, comme le tient le bon sens, en toutes choses, c’est le point de départ qui est le principal et, partant, le plus difficile. Il est ensuite plus facile d’ajouter et de développer, voire d’améliorer, quand on a compris l’originalité en même temps que la fragilité du commencement ». Ce sont les lignes de force qui ouvrent la conclusion de l’ouvrage de Fabien Eboussi Boulaga intitulé « Les Conférences Nationales Souveraines en Afrique Noire. Une affaire à suivre ». Dans la marche vers le renouveau démocratique, Eboussi Boulaga a voulu être un témoin. C’est ainsi qu’il analyse ce qu’il appelle « l’indéfinissable grandeur des commencements » et en même temps la « fragilité ».

Cette contribution se veut un hommage à l’homme, au philosophe et à l’intellectuel africain engagé que le jeune étudiant que nous avons été a abondamment lu, avant de le rencontrer au cours de notre carrière d’enseignant de philosophie, comme collègue, faisant ses petits pas dans le corps de métier, auprès des anciens de la corporation. Dans cet hommage au philosophe camerounais, nous nous attachons dans un premier temps à comprendre l’homme, le philosophe et l’intellectuel africain (I.) Puis, nous examinons comment il explique son engagement politique : « Fouler hardiment et à découvert le champ politique…une manière d’apéritif » (II). Ensuite, nous examinons les quatre « théorèmes de la déchéance » de l’Etat africain (III). Ce sont ces « théorèmes » qui constituent  aux yeux de Eboussi Boulaga la justification, ou mieux, « la raison d’être » des conférences nationales souveraines en Afrique, selon sa propre expression.  Il sera enfin aisé de conclure sur ce qu’il a appelé la « grandeur »  et la « fragilité » du commencement  (IV).

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