Education, logique, philosophie et traditions africaines (Part. 1) – Souleymane Bachir Diagne

Professeur de philosophie Ă  la Columbia University, Souleymane Bachir Diagne est un sĂ©nĂ©galais, spĂ©cialiste de l’histoire des sciences et de la philosophie islamique.

Education, recherche, logique, prospective, tradition : Dans cette interview accordĂ©e Ă  Thinking Africa, Souleymane Bachir Diagne apporte un Ă©clairage sur les grands enjeux de l’Afrique et pour les africains, aujourd’hui et demain, et revient sur la controverse sur l’idĂ©e de Philosopher en Afrique.

Quelques verbatims extraits de l’entretien.

Sur l’éducation en Afrique

On a, d’un cĂŽtĂ©, des systĂšmes d’enseignement qui sont dans un Ă©tat de crise profonde, en Afrique, et de l’autre cĂŽtĂ©, les exigences trĂšs fortes d’un monde qui n’a jamais Ă©tĂ© basĂ© sur la connaissance, le savoir et l’innovation. Et les africains se trouvent aujourd’hui dans l’obligation de rattraper cela, d’investir Ă©normĂ©ment dans leur systĂšme Ă©ducatif. Et cela, dans une pĂ©riode oĂč les ressources se sont rarĂ©fiĂ©es.

Sur la responsabilité individuelles

Croire que l’on n’est pas responsable de ses Ă©checs ou de ses rĂ©ussites, imputer, en particulier, ses Ă©checs Ă  l’action de telle ou telle personne malveillante qui aurait utilisĂ© des pratiques irrationnelles,ce n’est pas seulement une croyance irrationnelle, c’est aussi une croyance qui inhibe. Or nous sommes dans un continent, oĂč il faut avoir un certain sens des responsabilitĂ©s. Il faut dĂ©velopper la responsabilitĂ© individuelle.

Sur les conséquences des systÚmes de croyance

Chacun psychologiquement se gonfle comme il peut. La croyance en des forces qui vous dĂ©passent, qui peuvent ĂȘtre en fait, vous-mĂȘme, c’est une invitation Ă  votre autodĂ©passement, c’est une croyance qui dĂ©multiplie la capacitĂ© qu’a l’individu de transformer les conditions dans lesquelles il vit, de transformer sa vie, c’est trĂšs bien. Mais, si c’est une croyance qui vous dĂ©responsabilise, si quelque chose vous arrive, c’est que quelqu’un est en train de vous jeter un mauvais sort, lĂ  ce que vous perdez c’est le sentiment de votre propre responsabilitĂ©. Et si vous Ă©levez un enfant de ce systĂšme de croyances lĂ , vous Ă©levez quelqu’un qui ne va pas ĂȘtre responsable de lui-mĂȘme.

Sur le bilan des ajustements structurels

PlutĂŽt que faire le bilan des ajustements, il faudrait que nous ayons la pleine conscience de ce qui est en train de se passer, de ces germes de changement tels qu’ils sont, de faire en sorte que les fruits portent la promesse des fleurs, comme on dit, et surtout, ĂȘtre trĂšs attentifs des inĂ©galitĂ©s qui risquent de se produire, prĂ©cisĂ©ment, parce que le dĂ©veloppement aura Ă©tĂ© enclenchĂ©.

Sur la domination et l’initiative

CĂ©saire disait que la vĂ©ritable crise est une crise de l’initiative. Le pire qui puisse arriver Ă  une sociĂ©tĂ©, ce n’est pas qu’elle soit simplement dominĂ©e, la domination Ă©tant inacceptable quelque soient les raisons, mais qu’elle subisse une domination qui suce votre capacitĂ© de rĂ©ponse, votre capacitĂ© de vous rĂ©cupĂ©rer vous-mĂȘme, de vous recollecter et vous projeter dans l’avenir.

Sur le sens de nos actions

La rupture Ă  laquelle invite la dĂ©marche prospective, c’est prĂ©cisĂ©ment la rupture qui consiste Ă  dire le sens de nos actions vient de demain. C’est en fonction de la maniĂšre dont nous projetons nos sociĂ©tĂ©s demain, que l’on dĂ©cide des actions Ă  faire aujourd’hui. Donc, les actions sont dĂ©cidĂ©es en fonction du futur projetĂ©, infiniment plus qu’elles le sont en fonction du passĂ©.
Le passĂ© et la tradition n’ont de sens qu’aujourd’hui et pour demain. C’est-Ă -dire que ce que vous allez devenir va donner sens Ă  votre propre tradition.

SBDiagne