Penser l'Afrique

Delphine Abadie est docteur en philosophie africaine.

Sa thèse « Reconstruire la philosophie à partir de l’Afrique : une utopie postcoloniale » traite des motifs, conditions et méthodes à emprunter pour une décolonisation/reconstruction de la discipline de la philosophie à partir du point de vue qu’inspire la prise en compte de la philosophie africaine et des concepts que sont la race et l’Afrique.

Nouvellement associée au laboratoire d’étude et de recherche sur les logiques contemporaines de la philosophie de l’université de Paris VIII, elle enseignera dès 2020 au sein de la faculté Saint-Pierre Canisius, à l’université Loyola du Congo (RDC).

Dans cet entretien, Delphine Abadie nous parle de ses réflexions, ses inspirations et ses projets d’avenir.

Quelques verbatims extraits de l’interview

Sur les politiques

Les politiques d’ajustement structurel ont dépossédé les populations en les rendant de plus en plus appauvris. Elles ont aussi eu l’effet pervers de renforcer l’autorité d’acteurs extra-étatiques.

Sur la pensée post-coloniale

Ce qui caractérise la pensée post-coloniale, c’est la prospective, c’est cette volonté de prendre comme temporalité, qui guide l’action et la pensée, l’avenir plutôt qu’un passé qu’on aurait à retrouver.

Sur la radicalité de l’authenticité africaine

Faire de l’authenticité africaine une différence radicale qui serait insurmontable, c’est dire en même temps que l’Africain appartient à une humanité distincte. Cette idée d’une essence africaine charrie également le préjugé colonial selon lesquels les sociétés africaines seraient condamnées à l’immobilisme, extérieures et antérieures, d’une certaine façon, à l’histoire.

Sur l’invention de « l’Afrique » en Occident

En Occident, on a tendance à présenter les propos racistes d’auteurs canoniques (comme Kant, Hegel ou Hobbes) comme étant des préjugés personnels ou simplement des reproductions de préjugés de leur époque. Or cette propension au racisme est le fruit d’une sédimentation très longue de différents discours qui ont fini par inventer une figure de l’Afrique.

Sur la notion d’indigène ou (de l’originel)

Qu’on le veuille ou non, la colonisation est historiquement passée par là, et le retour à l’origine ne peut se faire qu’en prenant en compte les legs, oppressif ou émancipatoire, d’une globalisation d’une mémoire de l’Occident. Par ailleurs, l’idée de retrouver un point originel, indigène, suppose de le placer sur une ligne de temps qui serait le progrès, donc l’évolutionnisme, qui est une autre idée coloniale.

Sur le concept d’Afrotopia

La philosophie africaine, l’utopie africaine, devrait refuser de se définir comme l’antipode, l’antithèse ou le contraire de l’Occident. Parce que cela ne constituerait qu’une reprise de cette structure épistémologique qui fait de l’Afrique une altérité radicale. Etre son propre centre, c’est se reconnaître comme un carrefour d’héritages et se choisir un destin. Choisir ce que l’on garde, choisir un horizon. Rouvrir les possibles de l’avenir. C’est comme cela que j’entends le concept d’Afrotopia.

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