Penser l'Afrique

Francis Akindes est Sociologue, Directeur des programmes de la Chaire Unesco de Bioéthique, Professeur à l’Université Alassane Ouattara (Bouaké-Côte d’Ivoire). Il est également professeur invité dans plusieurs universités et institutions de recherche dont Uppsala University (Suède), Oxford University (Royaume-Uni), Collège de France (France). Il est auteur de plusieurs ouvrages et articles de référence sur les transformations sociétales et expert auprès d’institutions internationales fortement impliquées dans les choix politiques et économiques relatifs au développement des pays africains.

Jeunesse, émergence, croissance, violence, développement : Dans cet entretien accordé à Thinking Africa, le professeur Francis Akindes analyse les concepts et les enjeux africains du moment et nous invite à replacer l’homme au cœur de la réflexion et de l’action sur la création de richesse et la jeunesse au cœur des préoccupations des politiques et du devenir du continent.

Quelques verbatims extraits de l’interview.

Sur la jeunesse et l’éducation

La jeunesse déprimée est une partie de la crise. .. La première possibilité de donner de l’espoir à la jeunesse, c’est de l’éduquer, de la former, de lui donner des compétences afin qu’elle puisse se positionner sur le marché du travail, et ainsi accéder à un revenu, par le fait que la société crée de la richesse. Mais si l’école n’a pas les moyens de réaliser cette ambition, c’est un gros risque que nous faisons courir à la société.

Sur la question de l’émergence

On émerge avec les Hommes. Ce sont les hommes qui, à travers la transformation qualitative de leurs vies, sont les preuves vivantes d’une économie qui émerge, parce que leurs conditions de vie changent.

Sur le paradoxe africain

Lorsqu’on n’arrive pas à éduquer sa jeunesse, lorsqu’on n’arrive pas à subvenir à ses besoins, cette jeunesse devient une jeunesse à risque. Et quand la jeunesse devient une jeunesse à risque, elle devient une menace. Alors que la jeunesse devrait constituer une opportunité. C’est dans ce paradoxe que nous sommes en Afrique. Nous avons une ressource dont nous ne savons pas capitaliser et que nous percevons comme une menace.

Sur l’intégration régionale

Ceux là même qui tiennent le discours d’intégration régionale ont besoin de frontières pour exister en tant que chefs. Les frontières sont des rentes pour un certain nombre de personnes. L’intégration n’est vraiment que sur papier.

Sur la croissance et le chômage en Afrique

La croissance est due aux industries extractives, mais ce n’est pas la valeur travail qui génère cette croissance. Ce n’est pas la valeur travail, parce que ce ne sont pas les hommes par leur créativité qui contribuent vraiment à cette croissance, or c’est à cela que l’on doit arriver. Voilà pourquoi nous avons des croissances qui n’améliorent pas nécessairement la qualité de vie des gens : Quand vous créez la richesse, pour la partager par la suite, il faut créer du travail et c’est le travail qui permet aux gens d’accéder à une partie de cette richesse. Si les gens ne travaillent pas, parce que la source de la richesse, c’est la nature, il va y avoir du chômage. S’il y a du chômage, vous pouvez être sûrs que les premières occasions que les chômeurs ont pour mettre à mal ce système économique qui les exclut, ils ne se priveront pas.

Le concept d’émergence

Ce sont des nouvelles utopies que les pays africains se donnent pour continuer d’exister. C’est bien d’avoir des utopies. Il n’y a pas de sociétés qui puissent avancer sans utopie. Un pays comme la Côte d’ivoire a beaucoup d’atout à ce niveau. Parce que la crise n’a pas entamé ses fondamentaux.

Sur le développement

Il ne saurait avoir de développement durable sans paix. La paix est la condition du développement durable. Pour qu’il y ait une paix durable, il faut qu’il y ait une justice. Justice économique, justice dans la répartition des richesses, justice sociale, que le bien commun soit à la disposition de tous de manière équitable, justice politique, possibilité de participation à la vie politique pour tous. Si les conditions de justice ne sont pas respectées la paix ne peut jamais être au rendez-vous.

Sur la violence

L’expérience de violence peut apporter ses propres enseignements pour une société. Et dans le cas de la société ivoirienne, elle a apporté ses enseignements. Plus personne ne veut revivre ce qui s’est passé en 2011. Les gens ont compris que le coût de la violence est très élevé mais que le bénéfice est très faible. Par contre, un bénéfice de la violence, qu’on ne voit pas souvent comme tel, est que lorsqu’on a connu la violence, elle vous en décourage définitivement. Parce que vous savez ce que vous perdez, ce que vous risquez avec la violence mais vous n’êtes jamais sûr de ce que vous gagnez quand vous vous engagez dans la voie de la violence.

Sur l’échec de la commission dialogues, vérités et réconciliation en Côte d’Ivoire

Il y a la justice pénale, mais il y a aussi la justice par la quête de la vérité. Cette quête de vérité qui permet de questionner le passé pour pouvoir envisager un autre avenir. C’est dans le cadre des commissions dialogues, vérités et réconciliation que l’on traite cela. La commission n’ayant pas traité cela, les gens de la société civile ivoirienne vivent avec le ressentiment. On se côtoie, on continue de vivre ensemble mais on s’évite. L’échec d’une commission dialogues, vérités et réconciliation est un risque pour une société.

Sur la confiance à recréer en Côte d’Ivoire

Si nous voulons une croissance qui va porter l’émergence, il va falloir créer la confiance dans le corps social, permettre aux gens de pouvoir vivre ensemble dans la confiance. De façon générale, la société ivoirienne n’est pas une société portée par le conflit. Il faut des politiques pour booster cette cohésion sociale.

Akindes

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