Droits & justice

Dr Mamadou Badji, sénégalais, agrégé des facultés de droit et doyen de la faculté de droit de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Il est spécialisé en histoire du droit, histoire des institutions de l’Afrique depuis le XIXe siècle, histoire des idées politiques et histoire comparative du droit de la santé. 

Dans cet interview accordé à Thinking Africa, le professeur Badji explique comment sont nées et ont évolué les constitutions des Etats africains indépendants (francophones), apporte un éclairage sur la relation complexe entre le politique et l’universitaire, et rappelle pourquoi, si cela peut nous faire avancer, nous devons chercher à concilier la loi et les coutumes.

Quelques verbatims extraits de l’interview.

Sur les constitutions des Etats africains indépendants (francophones) en 1960

Les constitutions des années 1960 étaient la copie fidèle de la constitution française de 1958. Parce que le mimétisme était total, les résultats ne pouvaient pas être bénéfiques pour l’Afrique.
On a oublié que si on fait un texte si beau soit-il, mais qui ne cadre avec une certaine réalité sociologique, il y aura des distorsions, des problèmes et des déséquilibres.
Dans certains pays, dans les années 1990, on a pris conscience des fossés entre ces constitutions et la réalité, et on s’est dit qu’il fallait s’asseoir et réfléchir : ce fut la mission des conférences nationales. Et à partir de cela, une nouvelle vague de constitutions est née.
Il y a eu une troisième vague (de changements constitutionnels) qui est née à partir des années 2000 et qui essaie de tenir compte de cette évolution et de corriger les erreurs du passé, dans la recherche d’un partage équilibré du pouvoir.

Sur le syndrome du 3ème mandat

C’est la société civile qui peut aider à mettre fin au syndrome du 3ème mandat. Ce n’est pas la communauté internationale. La communauté internationale crée davantage de problèmes qu’elle ne règle les problèmes. Parce que souvent les acteurs qui viennent de l’extérieur ont des intérêts et ils cherchent en fonction de « l’homme de la situation » à placer ce dernier pour pouvoir perpétuer un système. Mais ce système ne peut pas perdurer, s’il n’est pas soutenu par la population.

Sur la loi et les coutumes

Quand vous avez une difficulté, une crise majeure, au Sénégal, par exemple, ce n’est pas au palais de la République qu’il faut aller. Il faut aller chez le marabout, parce que c’est là-bas que se dénouent les crises. Et ça, ce n’est pas la loi. A beau vouloir nier l’importance de nos coutumes, à beau vouloir nier nos traditions, et bien, elles nous rattrapent. Autant composer avec et essayer de voir dans quelles mesures on doit pouvoir les concilier, si cela permet d’avancer.

Sur le pouvoir du verbe

Les dirigeants politiques ont peur du pouvoir du verbe. Le pouvoir du verbe est un pouvoir important, parce que le verbe canalise, vers celui qui porte la parole, une foule immense. Donc sa capacité de subversion est d’autant plus importante que le verbe qu’il détient peut influencer les comportements de ceux qui écoutent.

Sur la responsabilité des universitaires

Les universitaires n’ont certes pas beaucoup de moyens. Mais au lieu de chercher nous-mêmes les moyens de notre propre développement et épanouissement, on va vers des prairies beaucoup plus vertes, comme les institutions internationales, pour faire de la consultation, et on ne reverse rien à nos institutions pour pouvoir créer des laboratoires de recherche qui permettent aux jeunes d’avancer.

Sur le politique

Le constat global est que le politique instrumentalise toujours le savant, l’expert, à ses fins. Non seulement, le politique a le pouvoir mais il a aussi les moyens du pouvoir. Et ces moyens lui permettent d’orienter les choix stratégiques en matière de recherche.

Badji

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