Sociétés & identité

In Koli Jean Bofane, originaire de la République Démocratique du Congo, est l’auteur de nombreux ouvrages dont « mathématiques congolaises » (2008) et « Congo Inc : Le testament de Bismarck » (2014).

Dans la première partie de l’interview accordée à Thinking Africa, Jean Bofane expose les contenus et messages de ses deux principaux ouvrages, décrypte le rôle historique du Congo dans la mondialisation, et explique les liens entre la littérature et la guerre.

Quelques verbatims extraits de l’interview.

Sur sa relation avec le livre et l’écriture.

C’est l’histoire avec un grand H qui m’a amené vers l’écriture, ce n’est pas un désir d’écriture, je n’ai jamais rêvé de devenir écrivain. J’ai commencé à écrire tard, mais je suis rentré dans la littérature très tôt. A cause de l’Histoire, à cause de la guerre, celle de 1964 au Congo, j’avais 10 ans. Pour échapper à la guerre, je me suis mis à lire. Et quand j’ai commencé à écrire, c’était encore la guerre, le génocide du Rwanda. C’est le génocide du Rwanda qui m’a amené à écrire.

Sur la métaphore de son livre « Mathématiques congolaises »

Le démuni ? On lui a tout pris. Et on lui demande l’impossible. Il est donc obligé d’être un peu plus malin. Celio, le personnage principal, n’a rien, à part un livre de mathématiques. Et le jeune du 21ème siècle a besoin de trouver son livre de mathématiques, sa martingale. Il lui faut une base solide, un cadre rigoureux, quelque chose de carré pour pouvoir avancer dans la vie. C’est en cela que les mathématiques sont importantes.

Sur le lien entre poésie et barbarie

Si on ne peut pas échapper au drame, on ne peut pas non plus échapper à la vie, on n’échappe pas à l’amour ou la poésie. On fait parfois appel à la poésie pour échapper à des réalités dures. C’est en cela que la poésie et la barbarie sont liées. J’en ai eu l’expérience. Quand j’étais petit, je me suis réfugié dans la littérature pour fuir la guerre et la barbarie.

Sur le Congo dans la mondialisation

Le Congo est dans la mondialisation depuis Léopold II. C’était la zone de libre-échange. On a toujours vécu dans la mondialisation. Ce ne sont pas seulement les belges qui occupaient le Congo, il y avait toute sortes de nationalités et d’intérêts. Comment voulez-vous que Léopold II ait pu acheté un pays, le Congo ? Comment on achète un pays ? Il l’a acheté à qui d’ailleurs ? Non, c’est une blague. On rigole. On lui a confié le pays pour certains intérêts. Le Congo, est un société, un comptoir, la première réserve mondiale de matières premières.

Sur le postulat final de « Congo, Inc. »

Le Congo a toujours été au centre du monde. Sans le Congo et l’Afrique, le monde serait quoi ? Sans la première matière première du continent, les africains, et la première matière première du Congo, les congolais, le monde serait quoi ? Sans l’Afrique, le monde ne serait pas ce qu’il est. C’est le postulat final de Congo, Inc. Il faut se réveiller. Les congolais, les africains, sont réveillés depuis longtemps, nous connaissons notre rôle.
Au Congo, on ne travaille pas pour le Congo. On travaille pour le monde. On a toujours compris, qu’on était au centre du Monde. On a compris qu’on a un destin qui est commun.

JeanBofane-Littérature-Congo-Mondialisation

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