Sociétés & identité

Koyo Kouoh, d’origine camerounaise, est la fondatrice et directrice du centre d’art RAW Material Company (lieu d’exposition, de réflexion et de débat) à Dakar.

Curatrice d’art et commissaire d’exposition, elle a coordonnée le programme culturel de l’Institut de Gorée (1998-2002), fut co-commissaire des Rencontres de Bamako en 2001 et 2003, a collaboré à la Biennale de Dakar et est commissaire de FORUM, un programme éducatif du salon 1:54 consacré à l’art contemporain africain à Londres et à New York.

Dans cette seconde partie de l’interview, Koyo Kouoh aborde les défis de la circulation et de la consommation des produits et des œuvres de l’esprit en Afrique. Elle évoque la complexité de la perception de l’art et de la culture en Afrique ainsi que son potentiel économique à exploiter. Elle partage avec nous sa vision de la quête identitaire à travers l’art. A travers son œuvre « chronique d’une révolte », Koyo Kouoh attire notre attention sur les enjeux socio-politiques de l’art et du leadership en Afrique, notamment au Sénégal.

En inscrivant la singularité de l’art et de l’artiste africain dans l’universel, cette seconde partie permet d’avoir une vue d’ensemble de la diversité et de la richesse des productions artistiques en Afrique. Elle met la lumière sur les quêtes identitaires des peuples dominés et l’art.

Voir la première partie de l’interview.

Quelques verbatims extraits de l’interview.

Sur l’Art en Afrique

[En Afrique, l’art ou] la création a toujours été quelque chose qui est complètement ancrée dans un entourage, dans un environnement, dans une communauté. Ca a toujours été quelque chose qui fait partie intégrante de la communauté. Si on pense à la peinture rupestre, si on pense même à l’architecture traditionnelle, c’étaient toutes des activités communautaires et qui se faisaient au rythme de plusieurs chose que ça soit des saisons, des récoltes, des séances d’initiation et des rites de passage. Donc il y a ce regard par rapport à la création qui est évident parce qu’on l’aime, on la produit, on la fait. On a presque le sentiment que ça ne doit rien coûter et que ça ne doit pas être une affaire privée ou une propriété privée. On se réjouit de la production des artistes mais on ne pense pas à les rémunérer pour ça parce que quelque part dans notre ADN culturel et social ça n’a jamais été le cas.

Sur les inégalités géographique en terme d’arts

Je n’aime pas les divisions de l’Afrique. Nous sommes tous dans le même bateau et ce bateau est tellement lourd et riche que nous devons vraiment tous le mener. Le Sénégal, naturellement a bénéficié de beaucoup de promotion intellectuelle avec Senghor qui a été un phare de la pensée africaine. C’est sûr qu’il y a peut-être plus de lumière sur telle ou telle région mais je suis pour une sorte d’ensemble.

Sur l’identité africaine

Je pense qu’il est judicieux de convoquer le fait que nous sommes issus de sociétés, d’environnements ou de cultures qui ont été super déterminés, à un certain moment, par d’autres. Pendant longtemps, l’africain ou l’africaine n’a pas été permis de contribuer à sa définition. Quand on est défini par quelqu’un d’autre, on finit par s’identifier à cette définition à laquelle on n’a pas contribué. On finit naturellement par se rebeller contre cette définition parce qu’elle est forcément fausse et on arrive très vite à une sorte de distorsion ou de flou insaisissable en sachant que les identités sont des sables mouvants. Ce n’est pas quelque chose de statique, c’est une matière organique qui change et qui évolue et je suis fondamentalement convaincue que cette définition étrangère a beaucoup nui à notre capacité. Ca ne concerne pas que les africains. Ca concerne toute société qui a été dominée par d’autres. L’Irlande pour moi est un pays patent comme exemple parce que c’est un pays qui a été dominé par la Grande-Bretagne pendant 800 ans. L’Irlande a été le premier laboratoire colonial britannique. C’est en Irlande que les britanniques ont testé toutes formes de soumission et de subjugation de société avant que l’entreprise ne s’étende sur la phase globale. Quand tu es dans ce pays, tu retrouves beaucoup de fonctionnement, d’attitude et de caractéristique, et même dans la physicalité de l’espace, qui te ramène à cette définition par l’autre. Je peux aussi te donner l’exemple de la Corée du Sud qui a été définie par la Chine.

Sur le sens de l’art africain

Tout d’abord, il faut définir l’art contemporain dans le contexte africain parce que si l’art contemporain est l’art d’aujourd’hui, certes, toute pratique artistique est contemporaine. Mais il y a un cadre aussi en terme de chronologie de l’histoire occidentale y compris les autres régions qui définissent l’art contemporain comme vraiment quelque chose qui a commencé à se manifester dans les années 80 avec des formes multidisciplinaires, pluridisciplinaires avec des postures et des pratiques qui vont bien au-delà de ce qu’on a connu jusqu’à présent en termes d’art moderne et classique. Je pense qu’en Afrique, on est encore dans une sorte d’hybridation de ce terme. Il y a quelque chose entre les deux mais naturellement on utilise tous le terme générique art contemporain mais je pense que c’est important de revenir au fait que c’est un terme qui n’est pas clair et qui n’est pas encore saisi dans notre contexte en Afrique. D’autre part, la production artistique se nourrit de l’immédiat, de la proximité.

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