Retour sur les mobilisations contre le projet de révision de la constitution du 25 février 1992 au Mali: Quand l’élément déclencheur de la contestation est pris pour son but ultime

 In Note d'analyse politique, Politiques, stratégies & diplomaties économiques

Par Kalilou Barry

RÉSUMÉ:
Ce court article porte sur le projet de révision constitutionnelle au Mali et les mobilisations sociales et politiques consécutives à sa validation par l’Assemblée nationale malienne le 3 juin 2017. D’abord, il vise à donner à voir les conditions, parfois oubliées dans les débats et analyses sur cette question, qui ont rendu possible les mobilisations contre le projet de révision constitutionnelle. Ensuite, il vise à montrer comment cet oubli a contribué à faire du projet l’alpha et l’oméga des mobilisations que celui-ci a suscité et par là même a ouvert la voie à la canalisation des forces qui avaient rendu possibles ces mobilisations. La création de la plateforme «Antè-abana, touche pas à ma constitution » (on n’est pas d’accord, point barre!) dédiée à la lutte contre le projet de révision constitutionnelle et l’adhésion en son sein des «groupements » de revendications démocratiques antérieurs à sa création a joué un rôle déterminant dans cette canalisation. Non seulement a-t-elle fait du projet de révision constitutionnelle le but et la fin de sa création, mais aussi elle s’est révélée incapable de structurer les groupements en son sein pour un combat démocratique qui va au-delà du projet de révision constitutionnelle. Ainsi, nous soutenons dans cet article que la validation du projet par l’Assemblée nationale a à la fois instigué les mobilisations politiques et sociales ancrées dans une série de déceptions consécutives à l’élection d’Ibrahim Boubacar Keita (IBK) depuis juillet 2013 mais aussi amorcé la canalisation des énergies positives et les revendications démocratiques qui ont rendu possibles ces mobilisations.

PROBLÉMATIQUE:
– Quels sont les conditions qui ont rendu possible les mobilisations contre le projet de révision constitutionnelle au Mali ?
– Le projet était-il la véritable raison des mobilisations des maliennes et des maliens ?
– Quel a été le rôle de la plateforme «Antè-abana, touche pas à ma constitution » dans les mobilisations contre le projet de révision constitutionnelle ?
– Quels sens donner à la décision du président IBK de « surseoir » au projet ?
– Y a-t-il encore un avenir pour les mouvements sociaux d’aspiration démocratique au Mali ?

CONTEXTE:
Cet article intervient dans un contexte sécuritaire et socio-politique tendu au Mali. Outre une crise sécuritaire sans précédent dans le pays marquée par des attaques terroristes et des agressions récurrentes sur l’étendu du territoire national, on note une multiplication des mouvements sociaux et politiques qui touchent à tous les secteurs de la vie économique et sociale et font courir le risque d’un nouveau chaos dans un pays encore très fragile. A cette instabilité conjoncturelle s’ajoutent des problèmes structurels tels que la pauvreté, la crise de l’enseignement supérieur, le chômage, la corruption et le népotisme auxquels le régime en place peine à apporter des solutions concrètes et pérennes.

IDÉES MAJEURES:
– La validation du projet par l’Assemblée nationale malienne en une période de crise économique et sécuritaire sans précédent et à un moment où la majorité des maliens peinaient et peinent encore à manger, à se soigner, à s’éduquer et à se cultiver est venu comme une insulte, une gifle portée à la figure des maliens par le pouvoir en place.
– La validation du projet par l’Assemblée nationale malienne a à la fois instigué les mobilisations politiques et sociales ancrées dans une série de déceptions consécutives à l’élection d’IBK depuis juillet 2013 mais aussi amorcé la canalisation des énergies positives et les revendications démocratiques qui ont rendu possibles ces mobilisations.
– La création d’une plateforme dédiée exclusivement à la lutte contre le projet de révision constitutionnelle a contribué à la fois à cristalliser les manifestations diffuses à son encontre et à donner plus de poids politique et social à la contestation mais aussi à porter un coup contre la poussée démocratique dans le pays – L’engagement des jeunes dans la plateforme et aux cotés de gens et de groupes qui ne voyaient pas plus loin que le bout de leurs intérêts personnels et groupaux égoïstes les a éloignés des luttes démocratiques dont ils étaient, bien que pas les seuls, porteurs.
– Il ne peut y avoir de véritable unité nationale tant que les structures de l’État resteront miner par la corruption, le népotisme et le clientélisme; tout comme il ne peut y avoir de véritable paix sociale tant que l’État n’apportera pas des solutions concrètes et pratiques aux souffrances quotidiennes des millions de maliennes et de maliens.

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