Rôles et impacts des réseaux illicites de drogue dans le conflit nord malien: Trafics, crise de l’Etat et puissance des groupes djihadistes et indépendantistes

 | Note d'analyse politique, Sécurité, défense & armements

Par Mahaut Landaz

RÉSUMÉ:
Cet article explore les liens entre la croissance des trafics illicites de drogue au Nord du Mali au cours des années 2000 et l’insécurité qui en a résulté. En effet, dans un contexte de désengagement institutionnel et socio-économique de l’Etat dans les territoires du Nord, l’argent généré par le trafic a permis à des groupes armés indépendantistes Touaregs (Mouvement National de Libération de l’Azawad) et djihadistes (MUJAO, AQMI, Ansar Dine) de s’implanter durablement au sein des populations, notamment par la fourniture de services sociaux.

Il permet aussi à ces groupes armés, initialement formés sur des objectifs politiques d’ordre territoriaux ou idéologiques, d’être à l’origine d’une militarisation accrue du territoire et de disposer de camp d’entraînements inaccessibles à la force publique. Toutefois, la croissance des trafics a augmenté les enjeux, suscité une rivalité accrue entre ces groupes, et a transformé leurs objectifs politiques en objectifs de survie économique. L’article montre également que l’enjeu de survie du trafic a également été un pivot pour comprendre les interactions complexes et changeantes qui lient ces différents groupes armés.

PROBLÉMATIQUE:
Quels sont les liens théoriques et empiriques entre la faillite des institutions étatiques dans les zones reculées et la montée de l’insécurité dans le Nord du Mali ? Dans quelle mesure le développement des trafics illicites et leur prise en main par les groupes armés indépendantistes ou djihadistes a-t-elle présidé au déclenchement de la guerre civile malienne en janvier 2012 ? Comment appréhender le développement des trafics par des groupes non étatiques comme un facteur permettant et prolongeant un conflit ? Comment l’enjeu du trafic, en créant des rivalités mais aussi des objectifs communs entre ces groupes armés, agit-il pour façonner les interactions conflictuelles ?

CONTEXTE DE LA NOTE:
Après les interventions françaises Serval et Barkhane et alors que la situation sécuritaire du Nord du Mali reste fragile, cette note entend revenir sur le contexte de désaffection socio-économique qui a permis la croissance des réseaux de trafic illicites. En effet, alors que le G5 Sahel a été mis en place comme cadre de coopération institutionnelle et sécuritaire entre les pays de la bande sahélienne, l’expérience des années 2000 montre la nécessité d’investissements économiques et sociaux pour enrayer l’implantation des groupes armés au sein des populations. En effet, c’est le désengagement politique dans ces régions qui a favorisé leur militarisation pour les besoins du trafic, présidant ainsi la montée de l’insécurité et le déclenchement de la guerre civile, à la fois entre les groupes armés et contre l’Etat malien.

IDÉES MAJEURES:
La désaffection socio-économique de l’Etat malien dans les territoires du Nord du pays a permis à des groupes armés non étatiques touaregs (notamment le MNLA et Ansar Dine) et djihadistes (AQMI, MUJAO) de s’implanter durablement au sein des populations locales grâce à l’activité et les revenus générés par la prise en main des trafics illicites dans la région. La croissance de l’enjeu du trafic, en induisant une militarisation accrue du territoire et en instaurant une rivalité entre les groupes et allégeances non-étatiques, a développé le climat d’insécurité. Les réseaux de trafics illicites, en s’insérant dans un contexte d’Etat failli, peuvent ainsi apparaître comme un facteur favorisant et prolongeant le conflit.

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