Chronique de la communication conflictuelle de fin de règne en RDC

 | Note de recherche, Sociétés, conflits et justice

Par Vincent Mukwege

RÉSUMÉ:
Ce papier de recherche prend appui sur une chronique de la communication conflictuelle de fin de règne en République Démocratique du Congo (RDC). La communication conflictuelle est un volet de la communication politique, caractérisée par des affrontements, des discours contradictoires où les femmes et hommes politiques, les journalistes et l’opinion s’expriment publiquement sur la vie politique.

De ce fait, ce papier remet en scène quelques personnages et messages-clés, des faits et gestes qui ont conduit à l’Accord inclusif de la Saint-Sylvestre du 31 décembre 2016. Ce dernier est compté parmi les facteurs prééminents qui ont balisé la période transitoire de l’alternance politique et historique survenue en janvier 2019. L’effet contagieux de l’idéologie contestataire qui attise les vagues de manifestations populaires contre le régime politique de Kinshasa, témoigne de la mondialisation de l’esprit de liberté et d’auto-détermination des peuples, de la RDC et d’ailleurs, qui se prennent en charge pour écrire une nouvelle page de leur histoire.

La contestation populaire remet en cause la légalité et la légitimité, dès lors que celles-ci ne répondent plus aux besoins et aspirations d’un peuple qui s’estime « souverain primaire », « détenteur et pourvoyeur du pouvoir ». D’où l’échec des tentatives du Parlement et de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) visant respectivement à mobiliser la majorité des parlementaires en faveur d’une loi qui légitimerait l’organisation d’un referendum dont la visée n’était que la révision constitutionnelle et à organiser un recensement des électeurs qui irait au-delà de trois ans. Les deux manœuvres ambitionnaient de « temporiser » afin de repousser jusqu’aux calendes grecques les élections et l’alternance politique. En effet, dans le processus de négociations politiques, les intrigues sont souvent la règle, et la sincérité des actes de langage, une exception. Car, il existe deux méthodes pour baisser la fièvre : se faire soigner ou trafiquer le thermomètre .Les politiciens recourent généralement à cette dernière parce qu’ils ont la maîtrise du thermomètre.

Le défunt régime a essuyé une défection dans ses propres rangs qui a ouvert la porte aux frondeurs. Une fois dehors, ceux-ci se sont montrés encore beaucoup plus virulents et ont apporté de l’eau au moulin de la contestation pour contraindre le régime à des négociations et la mise en œuvre de l’Accord de la Saint- Sylvestre du 31 décembre 2016. Au regard des matériaux d’analyse collectés pour la présente étude, il ressort que la Constitution est devenue un bréviaire de référence pour les contestataires qui surveillent de près les faits et gestes de leurs challengers afin de trouver un prétexte pour les écarter du pouvoir. La capitalisation du feuilleton des fausses/vraies fosses communes de Maluku s’inscrit dans ce registre. Les acteurs mis en scène dans cette conflictualité politique congolaise proviennent de différents horizons, les uns anonymes, les autres attitrés ou déclarés. Alors que certains livrent des combats d’avant-garde ;d’autres, tirant les ficelles dans l’ombre, ne sont pas moins farouches. Dans ce contexte, l’Eglise- catholique et protestante- a effectivement mis la main à la pâte.
La conquête de la liberté a un prix. Et la voie vers l’alternance politique en RDC a été parsemée d’embuches, les parties prenantes se sont affrontées au travers des négociations et dialogues, des missions diplomatiques, des attaques personnelles, des manifestations réprimées dans le sang et qui visaient à revendiquer la tenue des élections et l’alternance politique. L’Accord de la Saint-Sylvestre qui marque un point d’arrêt momentané de ce papier n’est qu’un tremplin pour rebondir, dans le deuxième acte de l’investigation, sur d’autres variables ayant conduit vers la passation civilisée du pouvoir en janvier 2019.

CONTEXTE:
L’alternance politique congolaise célébrée le 24 janvier 2019 a été appréciée, à juste titre, comme l’avènement d’un un événement inouï dans l’histoire politique congolaise et africaine. Cependant, bien qu’ayant consacré une passation « civilisée » et « pacifique » du pouvoir, entre un président sortant et un président entrant, elle aura été, pour le moins, démocratique, au regard du non-respect des principes relatifs à la transparence, la crédibilité, la fiabilité, la vérité, etc. Nonobstant ces séquelles socialement acceptables dans une jeune démocratie qui se recherche, les Congolais ont assumé, à l’interne et aux yeux du monde, leurs erreurs pour ne pas jeter à la fois le bébé et l’eau du bain nés des élections du 30 déc.2018. Ce faisant, ils ont promis de mieux se comporter les années à venir. Car, il n’est jamais tard pour mieux faire. Ainsi donc, à travers des négociations quasi interminables, les unes aussi houleuses et conflictuelles que les autres, ils sont allés d’accord en accord, au prix des affrontements, des manifestations parfois réprimées dans le sang pour écrire une nouvelle page qui manquait, jusque-là, à l’histoire sociopolitique congolaise. C’est à ce titre que l’alternance politique congolaise de janvier 2019 constitue une lueur d’espoir pour la RDC et les Congolais qui se doivent de capitaliser sur cette expérience pour retrouver leur place dans le concert des nations.

PROBLÉMATIQUE:
Les acteurs en scène sur le puzzle politique congolais récemment observé, sont-ils les seuls et réels à en déterminer les uns l’épuisement, l’effondrement ; et les autres, ces efforts tant déployés pour l’auto-reconstruction et la survivance du défunt régime?
D’une part, les tentatives de confiscation du pouvoir par le régime ont été caractérisées par des manœuvres du Parlement visant la révision constitutionnelle à même de garantir un 3e mandat au Président Joseph Kabila (JKK) ; le projet de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) d’entreprendre un recensement des électeurs qui irait au-delà de 3 ans afin de temporiser et consolider le glissement du calendrier électoral ; la répression des manifestations par les agents de l’ordre ; l’arrestation et l’incarcération des manifestants et opposants, etc. D’autre part, la Société civile et l’opposition politique ont mis en œuvre un dispositif visant à surveiller les actes du régime afin de le désarmer progressivement dans sa stratégie de glissement et de confiscation du pouvoir, au-delà de deux mandats constitutionnels. Des personnalités et des regroupements citoyens ont été visibles et largement cités comme têtes d’affiche, dans l’un comme dans l’autre camp, alors que d’autres acteurs du glissement et du non-glissement tiraient les ficelles dans l’ombre. C’est dans ce cadre que la plupart des piliers du régime se sont retrouvés dans le collimateur de la Communauté internationale, notamment les dirigeants de la CENI, de l’Agence Nationale de renseignement (ANR), de la Police Nationale Congolaise, etc. En effet, on a longuement parlé du rôle joué par les mouvements citoyens de la LUCHA, Filimbi, Compte à rebours, Comité Laïc de Coordination (CLC), Centre d’Information et d’Animation Missionnaire (CIAM), regroupés au sein de la Société civile ou de la CENCO.

IDEES MAJEURES :
1. L’alternance politique congolaise advenue en janvier 2019 est une réalité construite sur base des affrontements et dépassement des contradictions ;
2. Le rôle joué par des émissaires externes défavorables au glissement a été crucial : il s’agit notamment de ceux des Etats-Unis d’Amérique (USA), de l’Union Européenne (UE), de l’Union Africaine (UA), de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), de la Communauté de Développement de l’Afrique Australe (SADC), du Vatican, etc.
3. L’Eglise Catholique a joué un rôle d’avant-garde dans le dialogue qui a accouché de l’Accord inclusif de la Saint-Sylvestre ;
4. Le dialogue facilité par la CENCO1 a complété et parachevé celui facilité par l’Union Africaine à travers son Emissaire Edem Kodjo ;
5. L’appui des variables internes et externes favorables au glissement n’a pas servi la cause du défunt régime ;
6. La pression exercée par les variables internes et externes défavorables au glissement a condit à l’alternance politique à travers des négociations, des affrontements et la locomotive électorale ;
7. Les fausses/vraies fosses communes de Maluku2 ont servi de prétexte aux anti-glissement pour faire pression sur le défunt régime ;
8. Les partisans du glissement ont récusé la théorie du« 3e faux penalty »3 de Moïse Katumbi, estimant que le Président Joseph Kabila n’est pas le seul coupable ;
9. Les verrous constitutionnels ont barré la route à la révision constitutionnelle et au 3e mandat du Président Joseph Kabila ;
10. L’idéologie contestataire congolaise est largement inspirée par le Printemps arabe, le Ballet citoyen, Y’en A Marre ; etc.
11. Les Mouvements citoyens de la LUCHA, Filimbi4, Compte à rebours, Comité de Coordination Laïc(CLC), Centre d’Information et d’Animation Missionnaire (CIAM), Conférence Nationale Episcopale du Congo (CENCO), Eglise du Christ au Congo (ECC), etc. ont servi de tremplin à l’Opposition politique pour escalader les marches qui mènent au pouvoir ;

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