Dr Mountaga Diagne – L’Afrique de demain: Vers une appropriation culturelle du développement.

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Opinion Libre du Dr Mountaga Diagne.

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Dr Mountaga Diagne est Directeur des Programmes à Bordeaux School of Management à Dakar et enseignant à l’Université d’Ottawa. Sa thèse portait sur les rapports entre l’État et les confréries religieuses dans la gouvernance locale et la démocratisation au Sénégal. M. Diagne est titulaire d’un doctorat en science politique, d’une maîtrise en politique internationale-droit international et d’un baccalauréat en science politique à l’UQAM.
Il a été rédacteur en chef du Bulletin du Maintien de la Paix et a mené plusieurs enquêtes à New-York auprès des missions francophones, européennes et africaines à l’ONU. Il a aussi été chargé de projet pour une étude documentaire commanditée par le Ministère des Affaires Étrangères sur la participation des francophones dans les opérations de paix. De 2002 à 2005, il a été chercheur pour le Centre Pearson pour le maintien de la paix où il a travaillé sur plusieurs questions liées au maintien de la paix, la gouvernance et sur les conflits en Afrique.

Une conception culturelle du développement

Se projeter sur l’Afrique de demain implique au préalable s’approprier sa propre conception culturelle du développement. Pour être plus explicite, les Africains doivent, au regard de la comparaison des sociétés, effectuer une appropriation de la leur, dans une double quête de sens et d’identité. Il est inopportun que les élites politiques ne se projettent que sur des éléments macroéconomiques, sur des stratégies et des discours, pensés et conçus depuis l’extérieur.

Ainsi, seul un travail introspectif d’histoire et de mémoire permet d’apprendre ce que le passé a fait de nous, Africains et in fine de se projeter. Ce passé, est certes violent, si l’on se réfère à l’esclavage et à la colonisation, mais s’approprier et dépasser ce passé constitue l’aspect majeur des défis de l’Afrique de demain. Il s’agit de réfléchir à comment les jeunes vont pouvoir participer au développement.

Il est inopportun que les élites politiques ne se projettent que sur des éléments macroéconomiques, sur des stratégies et des discours, pensés et conçus depuis l’extérieur.

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Leurs référents et modèles doivent aller au-delà des exemples très étriqués que fournissent Beyoncé et d’autres célébrités au succès planétaire, mais sans aucuns ancrages locaux. Il convient de réintégrer dans le paysage et dans notre ethos culturel des références telles qu’Alioune Sitoé Diatta, Léopold Sédar Senghor, Cheikh Anta Diop. Il faut se réapproprier ces penseurs, ces modèles, ces exemples de réussite pour construire le continent autour de ces figures de dimension unique et historique.

La sécurité : enjeu majeur du continent

Au-delà de cette réappropriation de ces modèles  Africains, la démographie, constitue une réelle chance, mais également un défi pour l’Afrique. La jeunesse du continent et sa démographie extrêmement importante montrent au travers des prévisions, qu’un pays tel que le Nigéria va dépasser l’Inde ou les Etats-Unis dans les années à venir.

La conception des États-Unis d’Afrique peut paraître désuète sur le plan idéologique mais sa praxis est bien réelle, notamment au niveau du fédéralisme, qui doit se fonder en premier lieu sur la stabilité du continent.

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L’enjeu central pour le géant africain sera de parvenir à une stabilité afin de se concentrer sur sa population grandissante. La question sécuritaire s’avère primordiale et doit permettre de lier les ensembles régionaux.

La conception des États-Unis d’Afrique peut paraître désuète sur le plan idéologique mais sa praxis est bien réelle, notamment au niveau du fédéralisme, qui doit se fonder en premier lieu sur la stabilité du continent. Cette stabilité participe à l’inclusion des différents acteurs sociaux, locaux, nationaux et régionaux qui permettront indubitablement à l’Afrique d’aller de l’avant.

Spécificités du développement culturel

Dès l’indépendance, l’ancien président Tanzanien, Julius Nyerere, offrait un exemple de développement culturel, autour de son projet « UJAMA ». Ce concept reposait sur une dimension sociale et inclusive du développement. La culture au travers du prisme des pratiques sociales et des différences d’identités collectives doit  porter le développement.

L’intérêt des multinationales étrangères ainsi que l’immixtion rentière des grandes puissances dans l’insécurité africaine minent le continent. Les élites politiques Africaines participent à créer cet environnement d’insécurité, en jouant le jeu de ces acteurs qui jugulent les priorités nationales.

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Ainsi, le livre du Dr Diagne, invite à découvrir l’idéologie du travail chez les Mourides ‘‘LIGUEYEULSERIGNE TOUBA’’ou SERIGNE TOUBA, qui disait dans ces principes religieux, « Travaille comme si tu ne devais jamais mourir », ou véritablement « Vis véritablement ta vie comme si c’était le dernier jour. » De facto,les disciples Mourides qui s’approprient et agissent selon ces préceptes purement spécifiques à la culture Mouride, font du développement un artefact culturel,qui les unit et les exhorte dans l’action collective.

Cette conception permet de s’approprier et d’intégrer sa propre culture du développement. Chaque société africaine doit faire cet effort au travers notamment d’un devoir de mémoire.

Il ne s’agit aucunement de faire coïncider des pratiques culturelles avec des incidences macroéconomiques propres à des objectifs surfaits (ceux du millénaire), par exemple, mais de réintégrer -aux thématiques qui façonnent l’avenir, telles que la santé, l’éducation, la culture, etc. – la dimension occultée de l’Histoire Africaine, qui façonne cependant, l’identité et la réalité africaine.

Construire une Afrique forte malgré les menaces internes et externes

La situation post génocide du Rwanda s’est révélée être un état de « ni guerre ni paix » en Afrique Centrale et aujourd’hui encore le Sahel s’embrase. La projection d’une Afrique qui surmonte cette violence n’apparaît pas de manière uniforme. Elle demeure une question centrale et épineuse. Les défis du continent s’entendent bien sûr sur le plan interne, mais l’omission est fréquente quant à ceux du niveau externe.

On peut aisément le constater dans la floraison des partis politiques, des mouvements syndicaux, des groupes de revendications : le modèle de gouvernance de l’État-Nation hérité de la colonisation semble de plus en plus déphasé.

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L’intérêt des multinationales étrangères ainsi que l’immixtion rentière des grandes puissances dans l’insécurité africaine minent le continent. Les élites politiques Africaines participent à créer cet environnement d’insécurité, en jouant le jeu de ces acteurs qui jugulent les priorités nationales. Tant que ces dirigeants Africains ne feront pas fi des pratiques de népotismes, prébendalismes, de privilèges identitaires, l’optimisme ne pourra gagner le continent.

L’éveil et le renouveau des mouvements sociaux, tel que le mouvement « Y EN A MARRE »déclament, participent et forcent les Etats et les politiques à une reconnaissance des aspirations sociétales. L’alternative ou voie positive se nourrit de ces mouvements citoyens. Le Sénégal fournit un exemple probant et doit inspirer et animer d’autres pays qui  restent encore dans un contrôle régalien permanent exercé par l’armée et la police entre autres. Cette force étouffante peut véritablement empêcher l’Afrique de progresser.

Vers un renouvellement de la société civile

La création spontanée de ces mouvements s’est vue comparée aux printemps arabes. Depuis l’extérieur et l’Occident notamment, ces mouvements ont été assimilés à l’avènement d’une nouvelle ère : le règne des printemps démocratiques.

Cette survivance des langues locales dans le paysage public témoigne de ce processus d’affirmation de reconnaissance, d’autonomisation et finalement de prise en main de l’avenir Africain par des Africains qui se refusent qu’on les tienne à l’écart des choix ayant des effets immédiats sur leur devenir.

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Il ne faut cependant pas omettre le caractère spontané de ces mouvements, bâtis depuis la base de la société. Construits autour de figures ancrées localement, ces représentants symbolisent le devenir. Cet élément ainsi que leur prégnance dans la culture musicale (d’expression et de revendication) n’est pas fortuit, puisque ceci leur ont permis d’acquérir une certaine légitimité et reconnaissance sociale. Les Jeunes ont été réceptifs dès l’entame, ce qui a permis au mouvement de se propager. En outre, l’assise locale, du mouvement « Y’en a marre », le cercle de solidarité et la voix des femmes engagées ont également fortement contribué à son essor.

A travers l’éveil de ces mouvements sociaux se manifeste une volonté de tout un chacun de décrier le modèle politique dans lequel il ne se reconnaît pas. On peut aisément le constater dans la floraison des partis politiques, des mouvements syndicaux, des groupes de revendications : le modèle de gouvernance de l’État-Nation hérité de la colonisation semble de plus en plus déphasé.

Ces mouvements sociaux sont importants dans la société sénégalaise parce qu’ils ne rentrent pas dans des carcans. Leurs discours sont libres et rejoignent l’expression générale de la société sénégalaise. Leurs discours et slogans emploient des mots wolofs, à l’inverse des chefs d’Etat qui s’expriment en français ou en anglais, langues des colons.

Cette survivance des langues locales dans le paysage public témoigne de ce processus d’affirmation de reconnaissance, d’autonomisation et finalement de prise en main de l’avenir Africain par des Africains qui se refusent qu’on les tienne à l’écart des choix ayant des effets immédiats sur leur devenir. Cet élan positif doit inspirer d’autres mouvements et in fine s’inviter et s’inscrire au niveau national, à participer à une réelle régulation politique en Afrique.

 

 

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